« Ce qui plus que tout rendrait ce Conseil extraordinaire, c’est que nous repartions avec nos questions sans réponse. »

« Sachez bien, monsieur le Maire, que ces questions n’ont rien de réthorique, et qu’elles appellent chacune une réponse étayée et solide au cours de ce Conseil Municipal.
Car en vérité, ce qui plus que tout rendrait ce Conseil extraordinaire, c’est que nous repartions avec nos questions sans réponse. » (Julie Le Goïc-Auffret)

Comme prévu, ce Conseil Municipal du 19 décembre a été l’occasion de poser toutes les questions sur le fonctionnement de l’association « Vivre à Brest« , chargée, durant près de trente ans, de collecter les indemnités des élus PS brestois.

Comme prévu, la majorité n’a pas daigné répondre à ces questions pourtant martelées durant les deux heures que François Cuillandre, « grand démocrate » si souvent autoproclamé, a daigné accorder à l’opposition en lieu et place d’un réel Conseil Municipal extraordinaire sur le sujet.

Voici donc, par écrit et en vidéo, pas moins de douze questions posées hier et qui sont, à ce jour, sans réponse.

 

« A partir de quelle date avez-vous perçu vos indemnités d’élu directement ? »

(Nathalie Collovati, Brest Nouvelle Alternative).

 

« Pourquoi, alors que tous les adjoints du Parti Socialiste admettent n’avoir pas touché l’intégralité de leurs indemnités, ont tous déclaré sur l’honneur les percevoir à la Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique ? »

« Pourquoi les élus communistes n’ont pas demandé la démission de Jean-Luc Polard ? »

« Pourquoi les autres minorités de la majorité continuent-ils de participer à un exécutif dont les membres socialistes ont ainsi tous menti ? »

« Vous qui aujourd’hui demandez notre confiance, pouvez-vous nous dire si vous avez été entendu dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte au sujet des marchés passés entre la société Rivacom et Brest Evènements Nautiques dont vous êtes le président ?»

« Pourquoi, alors que vous affirmez n’avoir rien à voir avec l’association « Vivre à Brest », avez-vous posé comme condition aux candidats socialistes le fait d’accepter de reverser leurs indemnités à cette même association pour pouvoir figurer sur votre liste ? »

« Pourquoi n’avoir pas dénoncé, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, l’achat et la rénovation du local du Parti Socialiste brestois, que vous avez-vous même admis dans la presse, avec l’argent de cette association, que vous saviez en totale violation de la loi sur le financement des partis politiques ? »

(Julie Le Goïc-Auffret, Partage Solidarité)

 

« Comment croire que réellement les autres élus, dont vous le premier, ignoriez tout de cette situation ? Vos plus proches soutiens vous auraient donc trahis, sans que vous n’ayez jamais rien vu venir ? »

« Puisque vous défendiez ce système, que vous qualifiez de juste et vertueux, d’une association de redistribution des indemnités des élus, pourquoi aviez-vous choisi de ne pas y participer ? »

(Christine Margogne, Brest Nouvelle Alternative)

 

« L’omniprésence de la famille Masson n’aura échappé à personne, sauf peut-être à vous et à votre majorité. Ses deux enfants au sein des instances est certainement dû au hasard, l’un employé chez Brest Park et l’autre au service communication de la Métropole.

Il semblerait également que par le plus grand des hasards, la majorité des plus grands marchés d’architecture aurait été remporté par le même cabinet d’architectes, celui de madame Michèle Lacroix. Le hasard fait bien les choses, puisque madame Lacroix serait la compagne d’Alain Masson, qui aurait profité de son pouvoir de signature. »

(Laurent Guillevin, Brest Nouvelle Alternative)

 

« Soit Thierry Fayret est en train de nous dire que cet argent délibérément versé à l’association a effectivement servi aux campagnes, ce que ses propos semblent sous-entendre, et ça pose un problème de légalité, soit elle ne servait qu’à une redistribution et vous avez été floués, mais il faut vous mettre d’accord sur vos discours, parce qu’ils sont contradictoires. »

(Julie Le Goïc-Auffret, Partage Solidarité)

 

« Je n’ai pas eu de réponse de la part vos adjoints socialistes sur leurs déclarations à la Haute Autorité pour la Transparence de la vie Publique. Une grande partie ne déclare pas non plus leurs conjoints, le travail des conjoints, le salaire des conjoints, qui est, pourtant, à remplir dans ces déclarations. »

(Julie Le Goïc-Auffret, Partage Solidarité)

 

 

Le débat en intégralité :

 

Une crèche à l’Avenir ? Paroles d’habitants.

Mardi 18 décembre, Karine Coz-Elleouet, adjointe au maire en charge de la petite enfance, et Yann Masson, maire de quartier de Brest Centre, étaient chargés de présenter un projet de crèche censé se bâtir sur le terrain de l’Avenir, en lieu et place d’un lieu repris en main, depuis trois ans, par les habitants de St Martin.

François Cuillandre jurait, la main sur le coeur, dans Sillage de décembre, que « Donner la parole et écouter les habitantes et les habitants, c’est prendre en compte leur expertise du quotidien, leurs besoins. »

Les riverains n’ont pas docilement attendu qu’on leur donne la parole, ils l’ont prise. Et faute d’avoir été écoutés et pris en compte, leur expertise et leurs besoins ont été exprimés. Les voici dans leur intégralité.

Prise de parole du collectif « Pas d’avenir sans Avenir ».

« On veut ne proposer qu’un seul projet, alors qu’il y a déjà de l’existant sur le lieu ». « On ne peut pas faire comme s’il ne se passait rien ».

« Pourquoi l’existant n’a pas été associé » « Le pourquoi ? Une crèche ».

« Le choix de l’implantation, ça se travaille. Et là, le travail d’implantation n’a pas été fait. » « Manifestement, personne n’a été consulté sur le fait qu’il y avait déjà quelque chose. »

« Etes vous bien au Conseil d’administration de Don Bosco ? » « C’était bien votre père qui était président jusque juin 2018 ? »

« Oui, monsieur Elleouet a été président pendant 18 ans. » « On est dans quelque chose que la jurisprudence qualifie très clairement de prise illégale d’intérêt. »

« La force du collectif est d’avoir su retisser des liens. Ce serait complètement débile de vouloir détruire ça. »

« J’ai entendu une bonne nouvelle, c’est que les choses sont négociables. Je n’ai pas entendu énormément d’avis favorables à ce projet de crèche, alors négocions. Et du coup, on fait quoi ? »

« Pourquoi ne pas revenir avec un projet de crèche dans un des autres lieux qui vous ont été présentés pour nous montrer que vous êtes réellement de bonne volonté ? » « Pourriez nous repréciser ce que la ville de Brest avait promis lorsqu’elle a décidé la destruction de la salle de l’Avenir ? Vous n’étiez pas là ? Vous n’êtes pas au courant du sujet, en fait ? »

« Pourquoi la mairie ne s’appuie pas sur quelque chose de vivant qui est en train de se construire ? »

« Combien de temps de plus la ville va t’elle faire perdre à la petite enfance en n’étudiant pas dès demain les autres terrains ? »

Presse locale: de Brest à Quimper, un combat pour l’indépendance à mener

Article initialement paru dans le Club de Mediapart le 25 novembre 2017.

Derrière les enjeux de la moralisation de la vie publique que soulève l’affaire Urvoas se pose la question de la responsabilité de la presse quotidienne régionale et la moralisation de la presse locale.

Eté 2016 :

Marianne rend public un marché à la légalité douteuse passé entre Brest Évènements Nautiques, organisateur des fêtes maritimes brestoises, et Rivacom, filiale du Télégramme.

La semaine suivante, sur la chaîne locale Tébéo (elle aussi filiale du Télégramme), Hubert Coudurier, patron du groupe, et François Cuillandre, maire de Brest, se borneront à railler « l’oreille complaisante » que l’hebdomadaire a accordé à François Arbellot, ancien directeur de l’association, violemment licencié à quelques semaines de l’évènement au profit d’un bras droit de l’édile. Dans une ambiance feutrée digne des « Causeries au coin du feu » de Le Luron sous Giscard.

Partenaire de Brest 2016 tout comme son concurrent, Ouest-France attendra sagement la fin des festivités pour évoquer le sujet… au travers d’un simple copier-coller de la position officielle de Cuillandre. Surtout ne pas effrayer les touristes et ne pas affoler les brestois.

6 novembre 2017 :

C’est l’heure du bilan de mi-mandat à Brest. Lors d’une réunion publique, des habitants interpellent François Cuillandre sur l’avenir du quartier de St Martin, et sur le devenir de la ferme de Traon Bihan, ferme bio menacée par la construction d’un écoquartier.

Un sujet suffisamment sensible pour que Le Monde, Le Figaro et Libération s’en fassent l’écho plus tôt dans l’année.

Pourtant, ces interventions ne seront pas relayées dans le compte-rendu du Télégramme. Il semblerait qu’on n’ait, durant cette réunion, parlé que de propreté, de paquebots et de végétation. A part ces sujets brûlants, « Tout va très bien, madame la marquise« .

22 novembre 2017 :

L’ancien garde des Sceaux Jean Jacques Urvoas assigne devant le tribunal de Quimper Jérôme Abbassene, lanceur d’alerte coupable de s’être intéressé de trop près aux biens immobiliers de l’élu, et surtout aux relents d’enrichissement personnel avec des fonds publics qu’ils dégagent.

Le procès-bâillon, méthode très à la mode dans le département (coupable aux yeux de Rivacom de s’être fait le relais de l’affaire « Brest 2016 », l’élue brestoise Julie Le Goïc est visée par une plainte de la filiale du Télégramme), mais surprenant de la part de celui qui assurait, en janvier 2015, croire « au mécanisme vertueux des lanceurs d’alerte », et qui persistait en 2016, assurant que « Les lanceurs d’alerte dénoncent, et la loi donne les moyens de mener l’investigation ».

Mais surtout une action menée en étroite collaboration avec Christian Gouerou, directeur départemental de Ouest-France Finistère, qui, au mépris de toute notion de protection des sources, lui a bravement communiqué les SMS qui lui a adressé Jérôme Abbassene pour l’inviter à enquêter sur le sujet.

23 novembre 2017 :

S’appuyant sur une enquête de Mourad Guichard complété par France Info, la presse nationale se fait le relais de l’enrichissement personnel de Jean-Jacques Urvoas par le biais d’un achat de sa permanence et d’un logement attenant, financé grâce à ses indemnités parlementaires.

Aveugle, sourd et muet depuis 34 mois, bien que les journalistes locaux furent interpellés dès février 2015, voilà le quotidien finistérien Le Télégramme obligé de suivre le mouvement au vu de la forte mobilisation de ses confrères. De mauvaise grâce, il s’exécuta, le lendemain, sous un angle étonnamment différent de celui des autres quotidiens. Celui du lanceur d’alerte censé réaliser son rêve « d’apparaître en pleine lumière » en harcelant, grâce à une « recherche compulsive », un élu qui « répondait scrupuleusement à la loi et aux consignes alors édictées par l’Assemblée nationale ».

Côté Ouest-France, silence radio. Une brève laconique sur le site web, pas une ligne dans l’édition papier. Sans doute effrayé à l’idée que ses lecteurs désireux de compléter leur lecture découvrent l’enquête préliminaire en cours pour violation de la correspondance privée.

« Le Parlement s’est tué à décourager les lanceurs d’alerte, à anesthésier la presse. Il s’est tué littéralement. Car l’antiparlementarisme se nourrit plus du secret, terreau des pires fantasmes, que de l’exposition des dérives individuelles en place publique. »

(Mathilde Mathieu, « Informer n’est pas un délit », chapitre «Au parlement, l’information est une guerre d’usure».)

Pourquoi tant de silences plus ou moins gênés, de traitements partiels ou orientés, de tentatives de diversion et d’atteintes régulières à la charte de déontologie du journaliste de la part de ces deux titres de Presse Quotidienne Régionale ?

Pourquoi les Finistériens doivent aller chercher l’information locale dans la presse nationale ?

Pourquoi des citoyens doivent s’armer de caméras dans les réunions publiques pour que leurs concitoyens n’aient pas accès uniquement à des compte-rendus biaisés et orientés?

Éléments de réponse concédés au Lanceur par un journaliste local sous couvert d’anonymat : le copinage qui empêche « toute forme de déloyauté » et « L’esprit de solidarité ».

Il faut y ajouter le porte-monnaie. C’est que les Finistériens boudent les marchands de journaux. De 2013 à 2016, les ventes du Télégramme ont baissé de 4%, et celles de Ouest-France de 9 %. Il s’agit donc de sauver ce qui peut encore l’être, et de ne pas se mettre à dos les acheteurs d’espaces publicitaires. Et force est de constater que les collectivités locales font partie de ces gros partenaires à bichonner.

En 2010, Jacques-Olivier Teissier braquait les projecteurs sur ces collectivités et leurs satellites, grands « pourvoyeurs de publicité ou d’annonces légales« . Alerte réitérée en 2015, dans le livre « Informer n’est pas un délit« , où il nous enjoignait à « localement, suivre l’argent ».

Soit. Suivons-le, et nous pourrons constater que, rien que depuis la rentrée, Brest Métropole et ses satellites se sont offert 160 publicités, annonces légales et suppléments spéciaux.

S’ajoutent à cela les juteux contrats passés avec les filiales, les évènements co-produits, les partenariats avec Rivacom, déjà mis en cause par Marianne, les opérations de communication confiées à Phileas, les sites créés par Yellowcake, les images fournies par Tébéo

Face à une information locale gangrénée par les conflits d’intérêts, le Finistère a un combat pour l’indépendance à mener. Il a besoin de Médias Libres et de Médiacités.

Brest Death Experience

« Ici, on fait sans dire », martelait François Cuillandre, il y a deux ans, lors d’une conférence de presse de rentrée.

Cette rentrée 2017 aura permis de constater, pour ceux qui en doutaient encore, que l’on n’y fait plus désormais que ce que l’on peut médiatiser, au détriment de festivités parfois centenaires qui ont méthodiquement été amputées voire annulées. De juin à septembre, retour sur un été à Brest qui n’est plus que l’ombre de lui-même.

2012 : fêtes maritimes obligent, comme tous les quatre ans, les Jeudis du Port réduisent la voilure.

Ces séries de concerts gratuits qui attiraient, neuf fois par été, jusqu’à 40.000 personnes, passe à quatre soirées.

Victimes de coupes budgétaires, les « Jeudis » ne retrouveront jamais leur rythme de croisière. Et cette année encore, malgré l’absence de grands voiliers, ils n’ont débuté que fin juillet. Les juillettistes fêtards et mélomanes n’ont plus qu’à se tourner vers les festivals à trente euros l’entrée.

 

Depuis 1996, au sortir de l’été, la Ville prenait soin, chaque rentrée, d’accueillir dignement ses 23.000 étudiants. De « Brest accueille ses étudiants » à « La Déambule » en passant par « Bars n’Brest », les brestois étaient conviés à investir le centre-ville et les nouveaux arrivés invités à se l’approprier.

A la rentrée 2016, en bon défenseur de la « start-up nation », Pierre Karleskind, adjoint à l’enseignement supérieur, annonce « un nouveau concept résolument innovant » « créant de nouvelles interactions avec le territoire ». Place à la « Brest Life Experience » !

Le principe ? Une série de jeux-concours sur Facebook qui promet à une poignée de participants de remporter des places pour les équipements municipaux, voire, pour les plus « chanceux », une visite de sous-marin nucléaire…

A l’heure du traditionnel compte-rendu, les bilans se chiffrent en « likes » et en « partages », et l’on s’y félicite d’avoir remplacé les 20.000 fêtards des années passées par quelques dizaines de prétendants à un pass pour le parc d’attraction du coin. Il est vrai que vider les rues et nourrir les GAFAM, c’est tellement « disruptif »…

 

Dernier bastion des festivités de rentrée étudiante, Les Pétarades. Depuis 2008, 150 bénévoles s’activaient pour rassembler plus de 13.000 festivaliers sur campus de l’UBO. Au nom de l’état d’urgence, les Pétaradeurs ont été priés de se délocaliser au Parc de Penfeld, et d’en assumer le surcoût. Faute de soutien de la collectivité, les organisateurs ont préféré déclarer forfait. Contrairement aux Pétarades quimpéroises, qui se sont, dans la foulée, déroulées en plein centre-ville et en toute sécurité.

 

Car l’état d’urgence semble être à géométrie variable. Il est plus sévère à Brest qu’à Quimper, et moins arrangeant pour les particuliers que pour les commerçants. En témoigne la deuxième édition d’une Foire St Michel au rabais qui se tient le week-end prochain.

Vide-grenier centenaire, ce rendez-vous, qui draînait 150.000 visiteurs, permettait, une fois l’an, d’être acteur plutôt que simple consommateur. De privilégier la réutilisation à la consommation.

Mais lorsque, sur demande du préfet, le périmètre de la fête a dû être réduit, ce sont les particuliers qui ont été lésés, et préférence a été donnée aux professionnels agréés, ceux qui ont déjà pignon sur rue toute l’année. Et c’est ainsi qu’une simple braderie vint remplacer le vide-grenier. Les brestois ne s’y sont pas trompés : l’an dernier, deux tiers des habitués n’ont pas daigné se déplacer.

 

Le tort de ces différents évènements sabotés ? Peut-être ne pas avoir de logo « vu à la télé ».

Car, au sein de l’équipe municipale, les chargés d’animation semblent n’avoir que la télévision comme aspiration et comme source d’inspiration.

C’est ainsi qu’aux dernières Assises du Commerce, la Ville a fièrement annoncé défilés de mode et adaptations locales de jeux télé. Le compte Twitter officiel ne perd pas une occasion de relayer les castings d’émissions.

Et si, pour une présence, même fugace sur une chaîne nationale, il faut subventionner Endemol pour un concours de beauté, fini l’austérité, on arrive à retrouver quelques deniers cachés, ou quelques euros pour la pauvre famille Sodebo.

C’est qu’en 2017, après avoir eu les « honneurs » de France 2 ou du Canard Enchaîné pour les déboires de son téléphérique, et ceux du Monde et de Libération pour sa gestion de Traon Bihan, la politique de la ville a un sacré déficit d’image à rattraper, quitte à, pour le financer, saborder la vie brestoise. Il suffira, pour l’enjoliver, de lui donner un nom anglais.

Brest Life.